La nouvelle a provoqué une onde de choc au sein de la communauté rwandaise et des observateurs internationaux : Aimable Karasira, ancien universitaire devenu une voix critique sur YouTube, est décédé à l’hôpital alors qu’il devait recouvrer la liberté ce jeudi.
L’administration pénitentiaire rwandaise (RCS) a annoncé le décès par voie de communiqué, évoquant une « overdose médicamenteuse ». Selon les autorités, M. Karasira aurait été transporté d’urgence à l’hôpital après avoir ingéré une dose de médicaments supérieure à celle prescrite par son médecin. Bien que le gouvernement affirme attendre un rapport médical définitif, les circonstances de cette disparition, survenant précisément le jour de sa sortie de prison, suscitent de vives interrogations.
De l’université à la dissidence numérique
LAimable Karasira n’a pas toujours été un opposant. Initialement professeur de technologies de l’information à l’Université ‘. Rwanda, il s’est fait connaître du grand public dès 2011 en lançant sa chaîne YouTube. Au fil des années, ses interventions sont devenues de plus en plus critiques à l’égard du Front patriotique rwandais (FPR) et du président Paul Kagame.
Peu avant son arrestation en mai 2021, il avait franchi une ligne rouge aux yeux du pouvoir : il avait accusé le parti au pouvoir d’alimenter la haine et avait publiquement remis en question certains aspects officiels du génocide de 1994. Paradoxalement, Karasira était lui-même un survivant du génocide contre les Tutsi. Le 30 septembre 2025, il avait été condamné à cinq ans de prison pour « incitation à la division ».
Une série noire pour les voix critiques
Ce décès n’est pas un cas isolé et rappelle d’autres disparitions de figures publiques critiques en détention :
Kizito Mihigo : Le célèbre chanteur de gospel était mort en février 2020 dans une cellule de police (suicide selon la version officielle).
Jay Polly : Le rappeur Joshua Tuyishime était décédé en 2021 dans des circonstances troubles après son arrestation.
Depuis 2021, le gouvernement rwandais a multiplié les arrestations de youtubeurs et d’influenceurs, faisant du web le nouveau champ de bataille de la liberté d’expression dans ce que certains observateurs qualifient d’« État policier redoutable ».
Alors que les rapports médicaux sont attendus, la mort d’Aimable Karasira le jour de sa libération risque de renforcer les pressions internationales sur Kigali concernant le traitement de ses prisonniers d’opinion.
Avec RTBF