Interpellée en Tanzanie dans des circonstances encore floues, Denise Mukendi Dusauchoy se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une controverse politico-judiciaire. Pour le journaliste Pewo Luwara, son arrestation serait la conséquence d’une trahison orchestrée par son jeune mari, qu’il présente comme proche des services du régime de Félix Tshisekedi. Mais au-delà de cette accusation, le journaliste critique également les excès verbaux de l’influenceuse, tout en dénonçant le risque que représente désormais la coopération sécuritaire régionale pour les opposants congolais.
L’affaire Denise Dusauchoy prend une nouvelle dimension. L’influenceuse congolaise aurait été interpellée dimanche 30 août 2026 en Tanzanie, alors qu’elle se rendait, selon plusieurs sources concordantes, à l’ambassade d’Espagne pour des formalités liées au renouvellement de son visa. Les circonstances exactes de son arrestation restent toutefois à établir officiellement.
Plusieurs médias congolais évoquent déjà la possibilité d’un rapatriement vers Kinshasa. Certaines sources parlent même d’un avion privé qui aurait été dépêché depuis la RDC. D’autres récits, encore plus sensibles, affirment que Denise Dusauchoy aurait été attirée ou piégée en Tanzanie dans le cadre d’une opération impliquant les services de renseignement congolais. Ces informations ne sont cependant pas confirmées par une communication officielle des autorités tanzaniennes ou congolaises.
Pewo Luwara : « elle a été trahie par son mari »
C’est dans ce contexte que le journaliste critique du pouvoir de Kinshasa, Pewo Luwara, livre une lecture particulièrement sévère de l’affaire.
Selon lui, Denise Dusauchoy aurait été victime d’une trahison de la part de son nouveau et très jeune mari. Luwara affirme que ce dernier aurait entretenu des liens avec les services du régime de Félix Tshisekedi et aurait joué un rôle dans le déplacement de l’influenceuse vers la Tanzanie.
Cette version rejoint partiellement certains récits circulant dans la presse congolaise, qui évoquent effectivement le rôle présumé d’un homme présenté comme le nouveau mari de Denise Dusauchoy dans son déplacement vers la Tanzanie. Mais, à ce stade, aucun élément public et indépendant ne permet de confirmer cette accusation.
Pour Pewo Luwara, cette éventuelle trahison serait d’autant plus ironique que Denise Dusauchoy aurait elle-même été très virulente à l’égard de plusieurs personnalités politiques et médiatiques, notamment celles qu’elle considérait comme proches du pouvoir.
« Elle a dépassé les limites »
Tout en regrettant l’arrestation de Denise Dusauchoy, Pewo Luwara ne se prive pas de condamner ses sorties publiques.
Le journaliste estime que l’influenceuse a franchi à plusieurs reprises les limites de la critique politique, notamment dans ses propos visant le président Félix Tshisekedi et son épouse, la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi.
Selon lui, la liberté d’expression ne saurait justifier les insultes, les attaques personnelles ou les propos qu’il qualifie d’« insanités » et de « bêtises ».
Cette position est particulièrement intéressante venant d’un journaliste lui-même très critique à l’égard du pouvoir. Pour Luwara, combattre les abus du pouvoir ne signifie donc pas nécessairement cautionner tous les moyens utilisés par ceux qui s’y opposent.
Une vieille querelle entre Luwara et Dusauchoy
Pewo Luwara rappelle également qu’il n’est pas un observateur totalement extérieur au parcours de Denise Dusauchoy.
Le journaliste affirme avoir lui-même été victime d’une agression et reproche à l’influenceuse d’avoir, à l’époque, tenu un discours justifiant ou banalisant les violences dont il aurait été victime.
Selon son récit, Denise Dusauchoy avait alors soutenu que son agression serait liée au fait qu’il aurait hébergé une femme mariée.
Luwara conteste cette interprétation. Il rappelle que, selon les éléments judiciaires qu’il invoque, la justice belge aurait retenu une autre qualification, celle d’une agression présentant un caractère politique et impliquant un pays étranger.
Ce différend ancien permet de comprendre pourquoi le journaliste porte aujourd’hui un regard particulièrement critique sur la situation de Denise Dusauchoy : il peut simultanément dénoncer son arrestation et condamner ses propres excès.
De proche du pouvoir à opposante virulente
Le parcours politique de Denise Dusauchoy est lui-même marqué par un spectaculaire changement de position.
Présentée auparavant comme proche de la mouvance présidentielle, elle est progressivement devenue une voix très critique contre Félix Tshisekedi et son entourage. Ses prises de parole sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, l’ont installée au centre de plusieurs controverses.
Elle avait déjà été condamnée en RDC à trois ans de prison ferme en décembre 2024 pour notamment faux bruits, faux en écriture et injures publiques. Elle avait ensuite bénéficié d’une libération conditionnelle en mars 2025.
Son parcours judiciaire s’est également poursuivi en Belgique : en juin 2026, la cour d’appel de Liège l’a condamnée par défaut à trois ans de prison ferme dans une affaire concernant la non-présentation de son enfant.
La nouvelle affaire tanzanienne intervient donc dans un contexte particulièrement chargé.
Pour Luwara, la Tanzanie n’est plus un refuge sûr
Au-delà du cas Denise Dusauchoy, Pewo Luwara élargit son analyse à la situation des opposants congolais installés dans les pays voisins.
Il estime notamment que la Tanzanie ne présenterait plus les garanties de sécurité qu’elle pouvait offrir autrefois aux opposants congolais, en raison du renforcement de la coopération sécuritaire entre les États de la région.
Il cite notamment le cas de Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), dont le parcours judiciaire est devenu emblématique des tensions entre pouvoir, opposition et services de sécurité.
Le cas Ngoy Mulunda mérite toutefois d’être nuancé. Arrêté à Lubumbashi en janvier 2021, il avait été condamné à trois ans de prison pour incitation à la haine, propagation de faux bruits et atteinte à la sûreté de l’État. Il avait obtenu une liberté provisoire en septembre 2022.
Plus récemment, sa famille a affirmé qu’il avait de nouveau été détenu après un transfert depuis Lusaka vers Kinshasa en décembre 2024, et dénonçait en juillet 2026 une détention « au secret » depuis plus de dix-huit mois. Ces accusations sont rapportées par des médias congolais et doivent être distinguées des éléments officiellement établis.
Luwara évoque également la Zambie comme autre pays où la marge de sécurité des opposants congolais serait devenue plus incertaine. Radio Okapi avait notamment rapporté en janvier 2025 que l’ONG Justicia avait dénoncé l’arrestation de Ngoy Mulunda en Zambie, où il vivait comme réfugié politique, suivie de son transfert en RDC.
Une affaire qui dépasse le cas Dusauchoy
L’interpellation de Denise Dusauchoy pose finalement une question plus large : jusqu’où peut aller la coopération sécuritaire entre les États de la région lorsqu’un opposant ou une personnalité recherchée par Kinshasa se trouve à l’étranger ?
Pour ses détracteurs, Denise Dusauchoy a effectivement multiplié les provocations et les attaques personnelles. Pour ses défenseurs, ses prises de position politiques ne devraient pas conduire à une utilisation abusive des mécanismes judiciaires ou sécuritaires.
Entre les deux positions, une exigence demeure : que les circonstances de son arrestation soient clarifiées, que les motifs juridiques soient officiellement communiqués et que toute procédure éventuelle respecte les droits de la défense.
Car derrière la personnalité controversée de Denise Dusauchoy se joue désormais un débat beaucoup plus sensible : celui de la frontière entre critique politique, liberté d’expression, injure publique et poursuites judiciaires dans un espace régional où la coopération sécuritaire entre États semble prendre une place croissante.
En attendant les explications officielles de Kinshasa et de Dar es-Salaam, la thèse d’une « trahison conjugale » reste donc une accusation rapportée par certaines sources et par Pewo Luwara, et non un fait judiciairement établi.
La rédaction