Kinshasa – Une affaire vieille de plusieurs années vient de refaire surface dans l’espace médiatique congolais. Le comédien Muyombe Gauche affirme avoir été utilisé, puis abandonné, après avoir participé à une déclaration liée au mouvement « Sauvons le Congo », lancé à l’époque par le pasteur Fernando Kutino. La famille Kutino conteste aujourd’hui son récit.
Le comédien Muyombe Gauche a décidé de briser le silence. Dans une sortie médiatique relayée notamment sur les réseaux sociaux, l’artiste revient sur un épisode qui, selon lui, aurait profondément marqué sa vie et sa carrière.
Au cœur de son récit : une déclaration publique liée au mouvement « Sauvons le Congo », initiative lancée par le pasteur Fernando Kutino au début des années 2000 pour dénoncer la situation politique de la République démocratique du Congo.
L’existence et l’importance de ce mouvement à l’époque sont documentées. Fernando Kutino avait lui-même expliqué, dans une interview accordée à Congo Vision, avoir initié « Sauvons le Congo » et présenté cette initiative comme un mouvement destiné à conscientiser les Congolais sur la situation du pays.
Muyombe Gauche affirme avoir été sollicité pour lire une déclaration
Selon le témoignage de Muyombe Gauche, il aurait été contacté afin de participer à la lecture d’une déclaration préparée par des responsables de « Sauvons le Congo ».
L’artiste affirme avoir été conduit au stade des Martyrs, où cette déclaration devait être rendue publique. Il aurait ensuite été conduit dans les anciens bureaux de la famille Kutino, situés, selon son récit, sur l’avenue Shaba, dans la commune de Kasa-Vubu.
À cette période, Fernando Kutino se trouvait en Europe, ce qui aurait placé certains membres de son entourage familial au centre de la gestion de cette opération, selon la version du comédien.
Muyombe Gauche affirme notamment que 15 dollars lui auraient été remis pour son transport, tandis qu’une rémunération plus importante lui aurait été promise.
Selon son récit, la somme évoquée aurait été de 250 dollars, dont 150 dollars devaient lui être versés. Il affirme cependant n’avoir jamais reçu cette somme.
Ces affirmations restent, à ce stade, celles de l’artiste et nécessiteraient des témoignages ou documents permettant d’en établir les circonstances précises.
Une déclaration qui aurait eu des conséquences sur ses relations avec le clan Kabila
Le comédien estime surtout avoir payé un lourd tribut pour cette participation.
Il affirme que son implication dans cette déclaration l’aurait rendu indésirable auprès du pouvoir de l’époque, notamment dans les milieux proches de la famille Kabila.
Cette période correspond effectivement à un moment particulièrement tendu autour de Fernando Kutino et de son mouvement. Des sources historiques rapportent que ses sermons et l’opération « Sauvons le Congo » étaient perçus comme une dénonciation de la gestion du pays et lui avaient attiré des ennuis avec le pouvoir.
Kutino Fernando sera arrêté en mai 2006 et condamné par la suite dans une affaire judiciaire très controversée, avant d’être libéré plusieurs années plus tard pour raisons notamment liées à son état de santé.
C’est dans ce contexte que Muyombe Gauche situe une partie de ses difficultés.
L’intervention d’Olive Lembe dans son parcours médical
Le comédien affirme également que, alors qu’il était malade et se trouvait dans une situation particulièrement difficile, Marie-Olive Lembe Kabila, alors première dame de la RDC, serait intervenue pour lui permettre de bénéficier d’une prise en charge médicale et d’effectuer un déplacement vers l’Inde.
Cette partie du récit mérite également d’être documentée par les personnes ayant directement participé à cette prise en charge.
Un élément permet toutefois de confirmer que Muyombe Gauche évoluait à cette époque dans des milieux proches des activités publiques et culturelles liées au pouvoir : en 2015, il figurait parmi les artistes présents à Goma à l’occasion d’une célébration organisée autour de l’ancienne première dame Olive Lembe Kabila.
« D’autres artistes ont bénéficié du système, pas moi »
C’est précisément sur ce point que le témoignage de Muyombe Gauche prend une dimension plus personnelle.
L’artiste estime qu’après avoir pris des risques en participant à cette déclaration, il n’aurait pas bénéficié des mêmes avantages que certains autres comédiens ou artistes ayant entretenu des relations avec la famille Kabila.
Son sentiment, selon son témoignage, est celui d’un artiste qui aurait payé le prix d’un engagement politique sans en avoir tiré de contrepartie durable.
Aujourd’hui encore, alors qu’il dit être confronté à des problèmes de santé et à des difficultés financières, Muyombe Gauche affirme avoir sollicité à plusieurs reprises l’aide de membres de la famille Kutino.
Il dit notamment avoir contacté Émile Kutino, ainsi que sa fille Grâce Émie Kutino, qui a ensuite exercé des responsabilités gouvernementales dans le secteur de la jeunesse.
Selon le comédien, ces sollicitations seraient restées sans réponse ou sans suite concrète.
Des aides venues d’autres personnalités
Dans son récit, Muyombe Gauche affirme toutefois ne pas être totalement abandonné.
Il évoque notamment des interventions ponctuelles de la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi ainsi que de la Première ministre Judith Suminwa, qui lui auraient apporté une assistance dans certaines circonstances.
Là encore, ces éléments gagneraient à être documentés par des témoignages ou des preuves permettant de préciser la nature et la période de ces interventions.
La situation sanitaire de l’artiste n’est d’ailleurs pas nouvelle dans l’espace public. En février 2021, Factuel.cd rapportait déjà que Muyombe Gauche était gravement malade et hospitalisé à Kinshasa, son entourage demandant alors une assistance aux autorités, au ministère de la Culture et aux personnes de bonne volonté.
La famille Kutino conteste : « Nous ne l’avons jamais mandaté »
La réaction de la famille Kutino est venue remettre en question une partie essentielle du récit.
Dans une réponse à la sortie de Muyombe Gauche sur TikTok, Émile Kutino aurait réfuté les accusations du comédien.
Selon cette version, elle affirme notamment ne jamais avoir mandaté Muyombe Gauche pour effectuer cette déclaration et ne lui avoir remis aucune somme dans le cadre évoqué par l’artiste.
Cette réponse ouvre donc une question centrale : si le comédien a effectivement été sollicité pour lire cette déclaration, qui l’avait mandaté ?
C’est désormais le principal point qui mérite d’être éclairci.
Qui avait réellement mandaté Muyombe Gauche ?
Plus de vingt ans après les faits, la question ne peut pas être réglée uniquement par des déclarations contradictoires.
Il faudrait entendre les personnes qui, à l’époque, étaient proches de l’organisation de « Sauvons le Congo », les personnes présentes au stade des Martyrs, celles qui auraient accompagné le comédien jusqu’au bureau de l’avenue Shaba ainsi que les éventuels responsables ayant participé à la préparation de la déclaration.
Qui a contacté Muyombe Gauche ?
Qui l’a conduit au stade des Martyrs ?
Qui lui a remis les éventuels frais de transport ?
Qui lui aurait promis les 150 dollars évoqués ?
Et surtout : était-il effectivement mandaté par le mouvement « Sauvons le Congo » ou par une personne agissant en son nom ?
Ces questions sont aujourd’hui au centre de la polémique.
Une affaire qui dépasse le simple différend financier
Au-delà des 15 dollars de transport et des 150 dollars que Muyombe affirme avoir attendus, cette affaire pose une question plus large sur la place des artistes dans les combats politiques et sociaux en RDC.
À plusieurs reprises dans l’histoire récente du pays, des artistes et comédiens ont été sollicités pour porter des messages, participer à des campagnes ou servir de relais auprès de l’opinion.
Le cas de Muyombe Gauche soulève donc une interrogation : lorsqu’un artiste est appelé à prendre publiquement position dans un contexte politique à haut risque, quelles garanties lui sont données et qui assume les conséquences éventuelles de son engagement ?
Pour l’instant, deux récits s’opposent.
D’un côté, Muyombe Gauche affirme avoir été sollicité, avoir pris des risques et avoir été insuffisamment rémunéré avant de se retrouver confronté à des difficultés durables.
De l’autre, la famille Kutino rejette l’idée d’avoir mandaté l’artiste ou de lui avoir versé l’argent qu’il évoque.
La vérité pourrait désormais se trouver dans les témoignages des personnes qui étaient au cœur de l’organisation de « Sauvons le Congo » à cette époque.
L’histoire de cette déclaration reste donc à documenter.
Rédaction