Fally I. : Quand la justice vole la vedette à « XX : Délirium » Dorothée Madiya annonce de nouvelles interpellations

Kinshasa — Alors que Fally Ipupa devrait être au cœur de l’actualité musicale avec la sortie de son nouvel album « XX : Délirium », une partie de l’attention médiatique se déplace désormais vers les affaires judiciaires entourant l’artiste. En cause notamment, les différentes sorties de son avocate, Me Dorothée Madiya, qui a annoncé de possibles nouvelles interpellations dans les prochaines semaines.

Lors d’un point de presse tenu à Kinshasa le 30 septembre, Me Dorothée Madiya est revenue sur le dossier opposant Fally Ipupa à la chroniqueuse Virginie Manganga. Elle a notamment rappelé que la liberté de la presse et la liberté d’expression ne constituent pas, selon elle, une immunité permettant de porter atteinte aux droits d’une personne. Elle a également insisté sur le droit de l’artiste au respect de sa vie privée, de sa dignité et de sa réputation.

Mais c’est surtout une autre déclaration qui retient l’attention. L’avocate a annoncé que d’autres personnes pourraient être interpellées dans les prochaines semaines.

« D’ici deux à trois semaines, beaucoup de personnes qui parlent ne vont plus parler », a-t-elle déclaré, selon plusieurs médias congolais, tout en évoquant des démarches judiciaires impliquant également des conseils basés à Paris et à Melbourne.

Une communication qui pose question

Sur le plan juridique, Me Dorothée Madiya a toutefois pris soin de préciser que les avocats ne décident pas eux-mêmes des arrestations. Selon elle, l’arrestation relève du parquet et des autorités judiciaires compétentes. La procédure engagée doit donc être distinguée des éventuelles décisions prises par les organes judiciaires.

Mais sur le plan de la communication, le débat est différent.

À quelques jours seulement de la sortie de « XX : Délirium », l’actualité autour de Fally Ipupa est largement occupée par les accusations, les plaintes, l’arrestation de Virginie Manganga, les déclarations de Colette Tuza et désormais les menaces d’autres interpellations annoncées par son conseil.

Un paradoxe pour un artiste qui vient de mettre sur le marché un projet particulièrement important de sa carrière.

« XX : Délirium » compte plus d’une cinquantaine de titres selon les plateformes et s’inscrit dans la célébration des vingt ans de carrière solo de Fally Ipupa. Le projet avait été annoncé comme un retour marqué vers la rumba congolaise, avec plusieurs titres dévoilés en amont de sa sortie.

Quand les « à-côtés » prennent le dessus sur la musique

Le problème n’est donc pas nécessairement la volonté de défendre l’artiste. Une personnalité publique conserve évidemment des droits, notamment ceux liés à sa vie privée, à son honneur et à sa réputation. Me Madiya a d’ailleurs rappelé que la célébrité ne signifie pas qu’une personne renonce à ces droits.

La question est plutôt celle de la priorité médiatique.

Fally Ipupa vient de publier un album comportant de nombreux morceaux, dont certains rendent hommage à l’univers musical congolais. Pourtant, au lieu de voir l’actualité se concentrer principalement sur les chansons, les collaborations, les reprises, la direction artistique et l’accueil du projet, le débat public se focalise une nouvelle fois sur des dossiers judiciaires.

À force de communiquer sur les plaintes et les personnes susceptibles d’être interpellées, le risque est de créer exactement l’effet inverse de celui recherché : protéger l’image de l’artiste tout en faisant passer sa musique au second plan.

Le rôle de l’avocate : protéger, mais aussi préserver l’espace de l’artiste

C’est précisément à ce niveau que Me Dorothée Madiya pourrait jouer un rôle particulièrement important.

Son intervention ne devrait pas seulement consister à répondre aux attaques ou à annoncer les suites judiciaires. Elle peut également contribuer à anticiper les problèmes juridiques qui touchent directement la carrière musicale de son client, notamment lorsqu’il s’agit d’utiliser, reprendre ou revisiter les œuvres d’autres artistes.

Dans un album consacré en partie à la rumba congolaise et à son héritage, les questions liées aux droits d’auteur, aux autorisations, aux ayants droit, aux crédits et à l’exploitation des œuvres sont particulièrement sensibles.

Autrement dit, la meilleure protection juridique d’un artiste ne se limite pas à réagir lorsqu’une polémique éclate. Elle consiste aussi à prévenir les conflits avant qu’ils ne deviennent des affaires publiques.

C’est là que le travail d’un conseil juridique peut être déterminant : sécuriser les autorisations, vérifier les droits liés aux œuvres reprises, accompagner les équipes de production et éviter que chaque nouvelle controverse ne vienne perturber l’actualité musicale de l’artiste.

Fally Ipupa a surtout besoin que son album vive

Le paradoxe est d’autant plus frappant que « XX : Délirium » est un projet particulièrement volumineux, avec plusieurs dizaines de morceaux à faire découvrir au public. Apple Music le référence avec 53 chansons dans sa sortie du 18 septembre.

Un tel projet nécessite normalement plusieurs semaines de promotion : mise en avant des titres, clips, réactions du public, analyses musicales, performances, streaming et éventuellement débats autour des différents morceaux.

Or, depuis plusieurs semaines, le nom de Fally Ipupa est régulièrement associé à des sujets judiciaires.

La question mérite donc d’être posée : à qui profite réellement une communication qui place les menaces d’arrestation au centre de l’actualité alors que l’artiste vient de sortir un album destiné à célébrer vingt ans de carrière ?

Sans préjuger de l’issue des procédures en cours, la défense des intérêts de Fally Ipupa pourrait aussi passer par une stratégie consistant à laisser la justice suivre son cours tout en permettant à l’artiste et à son équipe de revenir au cœur de leur mission : faire vivre la musique.

Car au bout du compte, ce sont les chansons de « XX : Délirium » qui devraient rester au centre de la conversation.

Et si la volonté est réellement de protéger Fally Ipupa et son image, il ne suffit peut-être pas de répondre à chaque polémique. Il faut également veiller à ce que les polémiques ne finissent pas par devenir plus célèbres que l’œuvre qu’elles entourent.

Rédaction

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