« Quel mariage ! » : François Mutombo provoque un tollé, ses détracteurs lui rappellent ses débuts et l’argent des fidèles

Kinshasa — Il pensait peut-être provoquer une prise de conscience. Il a finalement provoqué une véritable levée de boucliers.

Le pasteur François Mutombo, dit « Voici l’Homme », est au cœur d’une vive polémique après une prédication dans laquelle il s’est montré particulièrement critique à l’égard de certains couples vivant dans des conditions matérielles difficiles.

Dans une séquence aujourd’hui largement relayée, le responsable de la Communauté des Assemblées chrétiennes Voici l’Homme (CACVH) évoque des couples qui se marient alors qu’ils vivent dans une maison d’une chambre et un salon.

Avec la chaleur de Kinshasa, explique-t-il, certaines familles seraient contraintes de passer une partie de la nuit dehors, parfois jusqu’à 4 heures du matin, avant de regagner leur logement.

Le pasteur évoque également des familles nombreuses pouvant compter jusqu’à neuf enfants dans ces conditions.

Puis vient la phrase qui a particulièrement enflammé les réseaux sociaux :

« Nous, nous sommes mariées… Mais quel mariage ! »

Ces propos ont été rapportés par plusieurs médias congolais qui ont suivi la polémique.

« Est-ce le mariage qu’il faut dénoncer ou la pauvreté ? »

C’est précisément à ce niveau que le débat s’est déplacé.

Pour certains internautes, François Mutombo soulève un véritable problème de société : celui de couples qui s’engagent dans le mariage sans disposer de moyens suffisants pour assurer un logement adapté et subvenir correctement aux besoins d’une famille.

Cette lecture est également défendue par certains commentaires favorables au prédicateur : son message serait avant tout un appel à la responsabilité financière, à la planification familiale et à la préparation au mariage. Le Journal Chrétien rapporte d’ailleurs que certains croyants ont salué son courage, estimant que les responsables religieux doivent également parler des réalités économiques auxquelles les couples sont confrontés.

Mais pour ses détracteurs, le problème est ailleurs.

Ils estiment que l’on peut parler de responsabilité sans donner aux familles pauvres le sentiment que leur mariage aurait moins de valeur parce qu’elles vivent dans une petite maison.

« Voici l’Homme, tu as commencé où ? »

Sur les réseaux sociaux, une autre question revient avec insistance : François Mutombo a-t-il oublié ses propres débuts ?

Certains internautes lui demandent de se souvenir de l’époque où son ministère était encore à ses débuts, lorsqu’il ne disposait pas de l’influence et de la visibilité qu’il possède aujourd’hui.

Le reproche est simple : celui qui a connu les difficultés devrait-il regarder aujourd’hui avec condescendance ceux qui traversent encore les mêmes épreuves ?

Cette interrogation relève du débat des internautes et ne constitue pas un fait établi sur les conditions matérielles exactes du pasteur à ses débuts.

Mais elle montre à quel point la déclaration a touché une corde sensible dans une société congolaise où le mariage reste fortement associé à la dignité, à la réussite sociale et à l’accomplissement personnel.

Les fidèles qui financent-ils la réussite de leurs pasteurs ?

La polémique prend ensuite une tournure encore plus sensible : celle des dîmes et des offrandes.

Des internautes reprochent au pasteur et, plus largement, à certains responsables religieux de demander aux fidèles de contribuer financièrement à l’œuvre de Dieu alors que nombre de ces mêmes fidèles continuent à vivre dans une grande précarité.

Certains vont jusqu’à affirmer que les sacrifices financiers des fidèles ont contribué à la réussite matérielle de leurs dirigeants religieux.

Le débat porte donc moins, à ce stade, sur une réalité financière démontrée que sur une perception de plus en plus critique du rapport entre richesse des dirigeants religieux et pauvreté des croyants.

Un débat qui dépasse François Mutombo

La polémique dépasse d’ailleurs la seule personne de « Voici l’Homme ».

Elle pose une question plus large au sein des Églises de réveil en RDC : quel discours les prédicateurs doivent-ils tenir face à la pauvreté de leurs fidèles ?

Faut-il simplement encourager les jeunes à se marier et à avoir des enfants ?

Faut-il au contraire leur enseigner davantage la planification familiale, la gestion financière, l’épargne et la préparation matérielle au mariage ?

Ou peut-on parler de ces réalités sans donner l’impression que la pauvreté rend un mariage moins respectable ?

Le Journal Chrétien présente justement les réactions comme partagées entre ceux qui voient dans le message un appel à la responsabilité et ceux qui y voient une stigmatisation des personnes pauvres.

« Ce n’est pas la première fois que ses paroles font polémique »

François Mutombo est loin d’être un inconnu des controverses médiatiques.

En 2023 déjà, une autre déclaration du pasteur sur le mariage — lorsqu’il avait conseillé à certains hommes souffrant d’hémorroïdes de ne pas se marier — avait suscité de nombreuses réactions sur Internet.

En 2024, il avait également fait parler de lui après une prédication dans laquelle il recommandait aux femmes mariées de demander l’autorisation de leur mari avant d’aller sur les réseaux sociaux.

Son style de prédication, souvent direct et provocateur, contribue donc à faire de ses déclarations des sujets rapidement viraux.

De Mukuna à « Voici l’Homme » : un parcours déjà mouvementé

Le parcours du pasteur rappelle également qu’il a lui-même connu de grandes transformations dans son ministère.

Ancien responsable de l’ACK/Kalembelembe, François Mutombo avait été exclu de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa en 2022 dans un contexte de conflit avec l’évêque Pascal Mukuna. Il avait ensuite lancé sa propre communauté sous l’appellation Communauté des Assemblées Chrétiennes Voici l’Homme.

À l’époque, malgré leur séparation, Mutombo avait publiquement déclaré que Pascal Mukuna demeurait son père spirituel et avait appelé ses fidèles à ne pas céder aux polémiques.

Cette histoire est aujourd’hui rappelée par certains internautes qui veulent souligner que les positions et les situations peuvent évoluer avec le temps.

Une question demeure : « Quel mariage ? »

Au fond, la phrase de François Mutombo a ouvert un débat qui dépasse largement les murs de son église.

Pour les uns, « Quel mariage ! » est un cri d’alarme contre l’impréparation économique et les familles nombreuses vivant dans des conditions extrêmement difficiles.

Pour les autres, c’est une formulation jugée blessante pour des couples qui, malgré leur pauvreté, tentent simplement de construire une vie ensemble.

Et entre les deux camps se trouve une question essentielle :

À Kinshasa, faut-il mesurer la réussite d’un mariage à la taille de la maison qui abrite le couple, ou à la capacité des époux à construire ensemble malgré les difficultés ?

Une chose est certaine : en voulant parler de la précarité des ménages, François Mutombo a déclenché un débat qui touche désormais à la pauvreté, au mariage, à la responsabilité parentale, aux dîmes et même au train de vie des responsables religieux.

Et sur les réseaux sociaux congolais, le « Quel mariage ! » du pasteur est devenu, à son tour, une question adressée… au pasteur lui-même.

Rédaction 

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