Affaire Kapaya-Werrason : Papy Tamba fracasse Koffi Olomidé et dénonce « l’exploitation de l’homme par l’homme » !

Le contentieux qui oppose Flamme Kapaya à Werrason autour de la reconnaissance de ses contributions et de ses droits liés à plusieurs œuvres musicales prend une nouvelle dimension. Alors que l’ancien soliste de Wenge Musica Maison Mère a relancé ses démarches auprès de la SACEM, Papy Tamba s’insurge contre certains propos de Koffi Olomide et estime que cette affaire pose une question plus large : celle de la valorisation du travail des musiciens au sein des grands orchestres congolais.

L’affaire Flamme Kapaya–Werrason continue de susciter des réactions dans le milieu musical congolais. Depuis sa sortie publique du 17 septembre, l’ancien guitariste soliste et directeur artistique de Wenge Musica Maison Mère affirme réclamer la régularisation de droits liés à plusieurs œuvres auxquelles il dit avoir contribué.

Selon les éléments rendus publics, neuf œuvres figurent notamment dans son tableau de déclaration auprès de la SACEM et sont présentées comme étant « en attente de validation ». Kapaya affirme par ailleurs avoir tenté de régler cette question à l’amiable dès 2007.

Mais au-delà du face-à-face entre l’ancien musicien et son ancien patron, le dossier relance un débat beaucoup plus ancien dans la musique congolaise : quelle place accorder aux musiciens, arrangeurs, compositeurs et autres collaborateurs dans la reconnaissance et la rémunération de leur travail ?

Papy Tamba : « l’exploitation de l’homme par l’homme »

C’est précisément sur ce terrain que se situe la réaction de Papy Tamba.

Le chroniqueur dit avoir été choqué par les propos attribués à Koffi Olomide concernant les conditions dans lesquelles certains artistes collaborateurs travaillent auprès de leurs patrons d’orchestres.

Selon Papy Tamba, expliquer que les musiciens connaissent les conditions de leur engagement et qu’ils doivent, en conséquence, accepter leur situation ne saurait constituer une réponse à une revendication portant sur des droits liés à leur contribution artistique.

Pour lui, cette logique peut conduire à une forme d’« exploitation de l’homme par l’homme », particulièrement lorsqu’un musicien renonce à faire valoir ce qu’il considère comme son droit par respect ou par dépendance envers son chef d’orchestre.

Papy Tamba estime ainsi qu’un artiste ne devrait pas être placé devant le choix entre sa loyauté envers son patron et la défense de ses droits.

« Il s’agit d’un droit sur son apport »

Dans son argumentation, Papy Tamba insiste sur une distinction essentielle : il ne s’agirait pas simplement, selon lui, de demander un avantage supplémentaire au patron d’un orchestre.

Il s’agit, à ses yeux, de revendiquer la reconnaissance d’un apport artistique.

Autrement dit, lorsqu’un musicien participe à la création, à la composition, à l’arrangement ou à la réalisation d’une œuvre, la question de sa rémunération ou de ses droits ne devrait pas être assimilée à une simple faveur accordée par le chef d’orchestre.

Cette lecture rejoint le cœur de la revendication formulée actuellement par Flamme Kapaya, même si la qualification juridique exacte de chaque contribution et des droits correspondants doit être déterminée œuvre par œuvre par les organismes compétents. Plusieurs publications consacrées au dossier soulignent d’ailleurs que les termes « droits d’auteur » et « droits voisins » ne sont pas toujours employés de manière uniforme dans les commentaires de cette affaire.

Le « droit de foulage » au cœur de la polémique

Papy Tamba s’attaque également à la notion de « droit de foulage », ou mabanga, évoquée dans les propos de Koffi Olomide.

Dans cette pratique bien connue du milieu musical congolais, le nom d’une personne est cité dans une chanson et celle-ci peut ensuite offrir une rémunération ou un avantage à l’artiste en fonction de la visibilité ou de la notoriété que lui procure cette mention.

Mais pour Papy Tamba, cette logique ne doit pas être confondue avec les droits qui peuvent découler de la participation effective d’un musicien à la création d’une œuvre.

À ses yeux, le mabanga relève davantage d’une pratique sociale et commerciale du milieu musical, alors qu’une contribution à une œuvre peut relever d’un cadre juridique différent.

C’est précisément cette différence qui, selon lui, doit être prise en compte dans le débat actuel.

« Les chefs d’orchestre doivent aussi reconnaître leurs collaborateurs »

Pour Papy Tamba, le dossier Kapaya met également en lumière ce qu’il considère comme un problème d’égoïsme de certains chefs d’orchestre.

Il estime que la relation entre un leader et les musiciens qui l’accompagnent ne devrait pas être uniquement fondée sur la hiérarchie.

Un orchestre peut porter le nom d’un seul leader, mais ses albums sont souvent le résultat du travail de plusieurs personnes : chanteurs, guitaristes, arrangeurs, compositeurs, directeurs artistiques, percussionnistes ou encore techniciens.

Cette question n’est d’ailleurs pas nouvelle dans la carrière de plusieurs musiciens congolais. Maïka Munan, par exemple, a lui-même publiquement défendu par le passé ses droits auprès des sociétés de gestion collective et expliqué avoir appartenu à plusieurs sociétés de droits d’auteur.

Papy Tamba appelle les musiciens à « faire comme Kapaya »

C’est finalement l’un des messages les plus forts de sa prise de position.

Papy Tamba appelle les musiciens congolais à s’inspirer de la démarche de Flamme Kapaya et à réclamer leurs parts lorsqu’ils estiment que leur travail n’a pas été correctement reconnu.

Il ne s’agirait donc plus seulement, dans cette lecture, d’une affaire personnelle opposant deux anciennes figures de Wenge Musica Maison Mère.

Le dossier devient un exemple susceptible de relancer le débat sur la situation des musiciens qui ont participé à la création de grandes œuvres sans toujours être suffisamment identifiés ou rémunérés.

Flamme Kapaya affirme d’ailleurs avoir choisi de saisir la SACEM après avoir tenté pendant des années de trouver une solution à l’amiable avec Werrason.

Maïka Munan confirme avoir été contacté par la SACEM

Un autre élément vient donner une dimension particulière à cette affaire.

Selon les informations que nous rapportons à partir de la déclaration de Maïka Munan, l’artiste affirme avoir lui-même été contacté par la SACEM au sujet du rôle joué par Flamme Kapaya dans certains albums de Werrason, notamment autour de ses contributions comme réalisateur.

Maïka Munan aurait ainsi été interrogé sur la participation et le rôle de Kapaya dans les productions concernées.

L’artiste aurait accueilli positivement cette démarche de Flamme Kapaya, estimant que l’ancien sociétaire de Wenge Musica Maison Mère « a frappé à la bonne porte » en saisissant la SACEM.

Cette prise de position est particulièrement intéressante venant de Maïka Munan, lui-même connu pour son travail d’arrangeur et de réalisateur dans la musique congolaise. Des sources documentent notamment son implication dans la production et les arrangements de Solola Bien! de Wenge Musica Maison Mère.

Elle donne donc au dossier une dimension supplémentaire : celle d’une discussion entre professionnels de la musique sur la manière dont les contributions artistiques doivent être déclarées, reconnues et, le cas échéant, rémunérées.

Une affaire qui dépasse Werrason et Kapaya

Pour l’heure, le camp de Werrason n’a pas, dans les sources consultées, apporté de réponse publique détaillée aux accusations formulées par Flamme Kapaya.

Le dossier reste donc ouvert.

Mais au-delà de la confrontation entre deux anciennes figures de Wenge Musica Maison Mère, l’affaire pose une question qui concerne toute l’industrie musicale congolaise : comment garantir que les artistes et collaborateurs qui participent réellement à la création d’une œuvre soient correctement identifiés et bénéficient des droits correspondant à leur contribution ?

Pour Papy Tamba, la réponse passe par une prise de conscience collective des musiciens. Et dans cette perspective, la démarche de Flamme Kapaya pourrait servir de précédent pour d’autres artistes souhaitant, eux aussi, vérifier ou faire reconnaître leurs contributions auprès des sociétés de gestion des droits.

Rédaction

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