Manda Meleya Jean-Baptiste, connu sous le nom de scène Manda Chante, est l’une des voix qui ont marqué l’histoire récente de la musique congolaise. Chanteur, auteur-compositeur et chef d’orchestre, il s’est construit une carrière qui l’a conduit de la commune de N’Djili, à Kinshasa, jusqu’aux grandes formations musicales congolaises, notamment Wenge Musica, Wenge El Paris, Wenge Référence et, plus tard, Bana OK.
Né à Kinshasa, à l’hôpital Maman Yemo, le 26 novembre 1970, Manda Chante est marié à Betty Lusamba et père de cinq enfants. Son parcours musical commence très tôt, dans un environnement où la musique religieuse côtoie quotidiennement la musique populaire congolaise.
Des débuts à N’Djili
Avant de devenir une figure connue de la rumba congolaise, Jean-Baptiste Meleya fait ses premiers pas dans le chant à l’église. Il rejoint ensuite le groupe religieux Les Co-Héritiers du Christ, dans son quartier de N’Djili.
En 1985, alors qu’il est encore adolescent, il intègre The Way International, formation dans laquelle évolue également le regretté Babia Shokoro. C’est à cette période qu’il adopte le nom de Manda, sous lequel il sera désormais connu du public.
À seulement 14 ans, le jeune chanteur se distingue déjà par une voix particulière et une étonnante maturité artistique. Loin de se limiter au milieu religieux, il se rapproche progressivement des groupes de jeunes qui animent la scène musicale de N’Djili.
Il rejoint ensuite Yoka Choc, orchestre de jeunes de N’Djili, où il évolue notamment aux côtés de musiciens comme Serge Ndomanueno, connu sous le nom de Celezino. Il y assume progressivement des responsabilités jusqu’à devenir chef d’orchestre.
En 1987, il rejoint Choc Sans, avant de participer à différents événements consacrés aux jeunes talents. C’est dans ce contexte qu’il est remarqué par Didier Masela et Werrason, alors engagés dans la constitution de ce qui deviendra l’un des orchestres les plus importants de la musique congolaise.
L’aventure Wenge Musica
L’arrivée de Manda Chante dans l’univers de Wenge Musica constitue un tournant majeur. Les sources disponibles situent son intégration au sein de Wenge Musica à la fin des années 1980, certaines la plaçant en 1989.
Il évolue alors aux côtés de plusieurs figures qui vont devenir incontournables de la scène congolaise, notamment Werrason, JB Mpiana, Blaise Bula, Adolphe Dominguez et Didier Masela.
Manda Chante commence progressivement à s’imposer comme l’une des voix importantes du groupe. Il participe aux concerts et à différentes productions de Wenge Musica, dans une période où l’orchestre commence à conquérir un public de plus en plus large.
Il participe notamment à l’aventure discographique de Wenge Musica et se distingue sur des titres associés à JB Mpiana et Werrason. Sa voix contribue ainsi à la montée en puissance d’un orchestre qui deviendra quelques années plus tard l’un des phénomènes majeurs de la musique congolaise.
Cependant, les rapports entre Manda Chante et certains dirigeants de l’orchestre deviennent progressivement difficiles. Les questions liées à la reconnaissance artistique, à la rémunération et à la place accordée à chaque chanteur auraient notamment alimenté certaines frustrations.
Wenge El Paris : une nouvelle étape
Au début des années 1990, Manda Chante quitte Wenge Musica et rejoint Marie Paul dans l’aventure Wenge El Paris, également connue sous l’appellation Wenge Aile Paris. Les sources situent cette nouvelle étape autour de 1992-1994.
Cette période représente l’un des moments les plus importants de sa carrière. Installé en Europe avec plusieurs musiciens congolais, Manda Chante développe davantage sa personnalité artistique et acquiert une réputation de chanteur à la voix puissante et expressive.
La formation connaît cependant des réorganisations internes et des dissensions, qui conduisent à différentes séparations entre musiciens.
Manda reste associé à plusieurs productions importantes de cette période. Parmi les titres qui contribuent à renforcer sa notoriété figurent notamment « Silva », « Liberté » et « Ibrahim ».
L’album Le Monde à l’envers, également associé au titre Armageddon dans certaines références, participe à cette reconnaissance. « Ibrahim », en particulier, devient l’une des œuvres emblématiques de Manda Chante durant son passage chez Wenge El Paris.
De Wenge El Paris à Wenge Référence
À la fin des années 1990, Manda Chante décide de prendre son indépendance artistique. Il quitte progressivement l’univers de Wenge El Paris et entreprend de créer sa propre formation.
C’est ainsi qu’apparaît Wenge Référence, dont la création est généralement située en 1998.
Le nouveau patron d’orchestre se lance alors dans le recrutement de jeunes talents. Plusieurs musiciens et chanteurs passent par les différents tests organisés pour intégrer la formation. Parmi les noms associés à cette période figurent notamment Celezino, ainsi que plusieurs artistes qui poursuivront ensuite leur propre parcours.
Manda Chante devient alors non seulement chanteur, mais également chef d’orchestre, recruteur de talents et producteur de son propre univers musical.
Une carrière solo marquée par plusieurs albums
L’aventure Wenge Référence permet à Manda Chante d’exprimer pleinement sa personnalité artistique.
En 2000, il lance l’album Bouclage, qui marque véritablement son installation comme artiste indépendant. Sa discographie s’enrichit ensuite avec d’autres productions, dont Invocation/Onction, Livraison Totale/Délivrance Totale et plusieurs singles et remixes.
Les sources récentes de l’ACP citent notamment Bouclage (2000), Onction (2003), Délivrance Totale (2007) et Je suis parmi les principales productions de
l’artiste.
Au fil des années, Manda Chante poursuit ainsi une carrière située à la croisée de la rumba congolaise, du ndombolo et de la tradition vocale issue des grands orchestres de Kinshasa.
« Je suis », un album de maturité
Après plusieurs années de préparation, Manda Chante annonce un nouvel album intitulé Je suis.
Le projet attire particulièrement l’attention en raison de la participation de plusieurs grandes figures de la musique congolaise. Papa Wemba, Bozi Boziana et Manuaku Waku sont notamment associés à cet opus. Radio Okapi rapportait en 2015 que l’album comptait douze titres et devait paraître à la fin du mois de juillet de cette année-là.
Une première annonce, datant de 2013, indiquait déjà une sortie prévue en mars et mentionnait également la participation de Delvis El Salsero.
Ce projet symbolise une nouvelle étape dans la carrière de Manda Chante : celle d’un artiste désormais établi, capable de réunir autour de lui plusieurs générations de musiciens congolais.
La disparition de son producteur Lando Batibuka constitue cependant un coup dur pour la réalisation et la promotion de certains de ses projets. Dans cette période difficile, Manda reçoit notamment le soutien de plusieurs artistes de la scène congolaise.
Le lien avec Lutumba Simaro
L’un des chapitres les plus importants de la carrière de Manda Chante commence en 2018.
Le 13 juillet 2018, le poète et guitariste Lutumba Simaro, alors figure tutélaire de Bana OK, annonce officiellement qu’il confie la direction de son orchestre à Manda Chante.
Cette décision surprend une partie du monde musical congolais. Manda devient ainsi le successeur désigné de l’une des grandes figures de la rumba congolaise.
Le choix de Lutumba Simaro revêt une forte dimension symbolique : Manda Chante vient de la génération Wenge, tandis que Bana OK représente l’héritage de la grande école de la rumba congolaise issue de l’OK Jazz.
Manda lui-même mesure l’importance de cette responsabilité. Dans une déclaration rapportée par Le Courrier de Kinshasa, il explique qu’il ne souhaitait pas considérer cette fonction comme une responsabilité définitive et estimait qu’une période de deux ans pouvait suffire pour accomplir la mission qui lui avait été confiée.
Quelques mois plus tard, il présente officiellement une nouvelle équipe de Bana OK, avec notamment plusieurs musiciens issus de Wenge Référence. L’objectif affiché est alors de faire vivre à la fois le répertoire de Bana OK et celui de l’OK Jazz, tout en permettant à une nouvelle génération de s’approprier cet héritage.
Un héritage entre deux générations
La mort de Lutumba Simaro, survenue à Paris le 30 mars 2019, donne une dimension encore plus forte à la mission confiée à Manda Chante. Radio Okapi rappelle que Simaro avait choisi Manda pour prendre la direction de Bana OK en 2018.
Manda Chante se retrouve ainsi au carrefour de deux grandes traditions musicales : celle de Wenge Musica, qui a profondément marqué la musique populaire congolaise des années 1990, et celle de l’OK Jazz/Bana OK, héritière de l’une des plus grandes écoles de la rumba congolaise.
Son parcours apparaît donc comme celui d’un artiste ayant progressivement changé de statut : d’abord jeune chanteur de N’Djili, ensuite sociétaire de Wenge Musica, chanteur de Wenge El Paris, patron de Wenge Référence, puis responsable de Bana OK.
Une voix et un parcours singuliers
Plus de trois décennies après ses débuts, Manda Chante demeure une personnalité particulière de la musique congolaise.
Sa carrière est marquée par plusieurs constantes : une voix reconnaissable, une forte personnalité, une volonté d’indépendance et une capacité à évoluer dans des univers musicaux différents.
De N’Djili à Wenge Musica, de Wenge El Paris à Wenge Référence, puis de Wenge Référence à Bana OK, son itinéraire raconte aussi une partie de l’histoire de la musique congolaise contemporaine.
Manda Chante n’est donc pas seulement l’ancien chanteur de Wenge Musica devenu patron de son propre orchestre. Il représente également un trait d’union entre la génération Wenge et l’héritage de la rumba classique incarné par Lutumba Simaro et l’OK Jazz.
C’est probablement dans cette succession que réside aujourd’hui l’une des dimensions les plus importantes de son parcours : avoir reçu la mission de faire dialoguer deux générations et deux écoles majeures de la musique congolaise.
Splendide Nsamba